Un matin d’avril

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Samedi 28 avril – Poésie de l’extase – Le pouvoir chamanique du langage

Ma proposition lors de cette journée, c’est de laisser venir le flux poétique. Et comme j’aime faire ce que je dis, ou dire ce que je fais, je m’y mets, moi aussi, avant que le groupe arrive.
Voilà le résultat de ce samedi matin. Et la journée fut belle !

 

Le matin est là, je crois bien que les oiseaux chantent, ou alors c’est la vie qui chante, peut-être pas mais en tout cas le départ de quelque chose, une ruée vers l’aurore, vers le bruit de la journée qui enfin veut bien démarrer. J’aime le matin. Le matin qui chante, les matins brumeux, douteux, sensibles, peu importe, j’aime le matin, tôt, comme ça, au saut du lit, et je ne sais plus si j’ai bien dormi ou si la nuit a été mauvaise. Mauvaise conseillère jamais, c’est la nuit qui chante d’habitude, un chant dans mon cœur, dans ma tête plutôt, je ne sais plus, je suis là, couché, et je dors, ou alors je ne dors pas et tout à coup je m’endors, puis je ne me rappelle pas. Mais le matin, parfois, je me rappelle. Je me rappelle que j’ai vécu quelque chose pendant que je dormais, quelque chose qui ressemble à un rêve, parfois rose, parfois bleu ou noir, un rêve et quelque chose en reste dans la réalité du matin.
Ce matin, je ne me rappelle pas que j’ai rêvé, peut-être n’ai-je fait que dormir mais là, je me réveille, mieux je suis réveillé, je suis en éveil, prêt pour la journée. J’ai mis un t-shirt rouge dès le lever, mais je devrai me changer, parce que la couleur ne compte pas, pas plus que le sombre ne peut entacher le clair, la lumière. Je ne suis pas bien réveillé, en fait je m’en rends compte, je tourne dans un matin qui ne veut pas démarrer. Ou bien il aurait démarré et c’est moi qui ai oublié d’appuyer sur le bouton, sur le start, le point de départ, le saut du lit, le pied droit ou gauche, le début, la fin, qu’en sais-je finalement, par où une journée commence ? Je me rappelle les journées à l’envers, chez les louveteaux, manger les spaghettis le matin, les corn-flakes le soir. Je ne mange rien le matin, je ne sais pas pourquoi. Enfin, ça dépend. Parfois je mange le matin, surtout en hiver mais pas là, pas au printemps.
Compter mes printemps, combien déjà ? Quarante-quatre printemps, quarante-quatre, quatre fois onze, je me suis levé un nombre de fois que ne veux pas calculer, sans compter les siestes, petites ou longues. J’aime la sieste, dormir quand la vie continue, quand ailleurs je ne suis pas là, quand ailleurs il y a une abeille qui butine, un renard qui danse, ou une pelle qui creuse. Creuser. Je pourrais creuser dans la terre, dans le sol ferme ou meuble, planter une racine ou deux, voir ce qui vient, ce qui pousse, vers où je me dresse, vers le ciel, ou alors marcher sur la terre et ne plus revenir, ou revenir et repartir, matin et soir recommencer, recommencer à vivre, je ne sais plus, je devrais m’arrêter, ou pas, je ne sais plus, je ne sais plus quoi écrire qui serait utile, intéressant, ça ne l’est pas, ou peut-être que si, mon cerveau déboule, je n’arrive plus à suivre, mes doigts sur le clavier, les lettres qui brillent, mon œil qui pétille, je n’aime pas le silence. Les oiseaux chantent. J’ai de la chance. J’aime les oiseaux.
J’aimerais être un oiseau. Parfois. Parce qu’il vole. Je volerais loin, haut, ou tout bas, en douceur, un vol plané qui m’amènerait ici, tout près, dans mon cœur, chut, en silence, j’écouterais s’il y a un chant, un champ d’oiseau, celui d’ici ou de là-bas, un champ, pas un chant qui se chante, un champ de blé ou une pâture. C’est gai de marcher dans les champs, dans les prés, dans la rosée du matin. Il y a de la rosée ce matin, c’est signe que le soleil arrive, viendra.
Il y a une pause, un arrêt, je voudrais faire une rime, je n’en trouve pas, je voudrais que ça rime et je rame, je voudrais tromper le monde par un trompe l’œil en rime, une publicité pour la rareté de la vérité. Un programme pour la vanne du mauvais général. Un terrible flic qui tique et panique devant les flics. Voilà une rime riche, flic et flics, au pluriel. Flic, panique, tique, tournique, basique.
Je ne suis pas un poète avec ça, je ne suis qu’un homme au lever, dans le matin qui chante, je reprends mon rythme, je descends ici, dans mon cœur, un cœur d’oiseau du matin. Qui chante. Je souris et je ne sais pas pourquoi. Je m’en fous de savoir pourquoi. Je souris. Je me tais. J’écoute. La percussion de mes doigts sur le clavier, la mélodie des chants d’oiseau qui viennent de dehors, ça ferait quoi, un tube à la Stromae ? Un Vivaldi du printemps à l’automne ? Un rien du tout ?
Chanter. Voilà bien mon rêve, un rêve qui n’est pas celui de la nuit, mais du jour, mes rêves du jour. Mes rêves de la réalité. Je suis un rêveur concret, c’est ça que j’aime. La fontaine de la réalité qui se rêve dans la nuit et se crée dans le jour. Oups, c’est compliqué ça, je ne suis pas sûr que je comprends moi-même.
Je rêve ou bien je suis en train de vivre un matin comme les autres ? Un matin qui chante et qui brume. Un matin.

(Texte spontané – Retouché dans sa ponctuation)

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