Un hêtre qui pleure à moitié

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La maison familiale où j’ai vécu les premiers mois de ma vie, et où j’habite à nouveau aujourd’hui, est entourée d’arbres magnifiques, verdoyants à la belle saison, mystérieux en hiver.
Parmi ceux-ci, un hêtre pleureur, planté juste devant l’entrée de la maison, emporte sans doute la palme de l’ancêtre majestueux.

Je l’ai toujours connu affublé d’une épaisse branche reliée au tronc, juste au-dessus de la greffe – un hêtre pleureur est un arbre greffé – , une branche qui s’est développée avec tant de force, jusqu’à rivaliser en hauteur avec le tronc principal.

Le treize août dernier, au milieu de la nuit, en pleine sécheresse, cette branche a cassé.
Faisant apparaître des traces de pourriture au creux de la profonde déchirure.
Me laissant, moi, stupéfait, ému, tracassé.

La maison l’a échappé belle, certes !
Mais je me demandais comment prendre soin de cet arbre, devenu au fil du temps géant, gardien et ami.
Choix difficile, d’autant plus que des champignons, révélés de-ci de-là suite à la chute de la branche, ne laissent rien présager de bon pour l’avenir.

Qu’importe l’avenir ! D’abord soigner. Faire de mon mieux.
J’ai pris contact avec un élagueur, qui aime les arbres. Qui, équipé de sa tronçonneuse et de ses cordes, coupe, taille, abat, mais avec sagesse et prudence.

Aujourd’hui était jour de chantier. Sous la neige. Sur la neige.
Trois hommes courageux et intrépides.
Des machines bruyantes et pétaradantes – Je n’aime pas les machines bruyantes et pétaradantes.
Mais de la patience, de l’audace – grimper si haut ! – et l’art de redonner équilibre et maintien à un arbre blessé.

La déchirure nettoyée, plusieurs branches rabaissées, l’espace dégagé, je peux maintenant attendre le printemps pour me rendre compte.
Comment la vie souhaitera revenir. Si nous lui avons fait du bien.

J’espère qu’il vivra, mon ami !
Si sa vie s’arrête, s’il décide qu’il est temps pour lui de laisser la place à d’autres, je m’inclinerai.

Je m’incline déjà. Devant sa puissance. Devant son tronc qui se dresse. Devant ses branches qui plongent et serpentent.
Et dans un coin de mon imaginaire, je me dis que peut-être, il n’avait plus besoin de pleurer autant.
Que peut-être, moitié moins de larmes lui suffisent.