De la solidarité obligatoire

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Me voilà pour la matinée chez Quatre Quarts à Court-Saint-Etienne. En payant mon thé, je viens de recevoir en retour mes deux premiers Talents, la nouvelle monnaie locale d’Ottignies-Louvain-la-Neuve et environs. Ça me donne envie d’écrire quelques lignes sur la solidarité obligatoire, sujet qui me trotte en tête depuis quelque temps.

Récemment dans une vidéo, un homme inspiré et inspirant parlait des conséquences néfastes de l’école obligatoire, arguant que du coup, l’école avait perdu le sens de « l’efficacité », oubliant presque sa mission, celle d’élever les enfants, celle de développer leurs talents (justement !) et de leur ouvrir le champ des possibles. Une institution scolaire se reposant en quelque sorte sur ses lauriers.

Qu’en est-il de nos mécanismes de redistribution solidaire ? Qu’en est-il de leur efficacité ? Nous sommes tous légalement obligés de cotiser pour l’ensemble, de payer des impôts et des taxes, pour financer les actions décidées par nos élus pour le bien attendu de tous. En font partie, évidemment et prioritairement, la sécurité sociale et toutes les initiatives en faveur des moins favorisés.

Il est donc établi que nous sommes tenus d’être solidaires.

À première vue, pas de problème, je trouve que ça a du sens, cette obligation rappelle à chacune et chacun que nous vivons ensemble, que nous sommes reliés, que nous avons des devoirs les uns envers les autres, aider l’autre quand il est en difficulté, se soutenir, favoriser les initiatives qui font du bien, individuelles ou collectives. Parfois, on l’oublie et donc, oui, il est légitime de nous le rappeler et de nous l’imposer.

Seulement, dans la réalité, cette solidarité ne suffit pas. On manque d’argent. C’est ce qui se dit. Que fait-on avec cet argent ? C’est ce qu’on se demande. Les mécanismes solidaires mis en place sont-ils efficace ? Encore faudrait-il qu’on se mette d’accord sur les critères d’évaluation, entreprise bien difficile dans des systèmes de plus en plus complexes.

Je termine mon thé, je regarde autour de moi, je sens les odeurs aussi, sans doute le plat du jour qui se prépare, l’activité tranquille d’un mercredi matin chez Quatre Quarts, initiative locale et citoyenne, coopérative inclusive et solidaire. Et je me demande. Ne pourrais-je pas avoir le droit de choisir à quoi servent mes impôts, au moins en partie ? Ce choix ne favoriserait-il pas l’efficacité de la redistribution ?

En premier lieu, accorder ce choix à chaque citoyen (re)donnerait du sens aux impôts et aux taxes, c’est ce que je pense. Et on pourrait choisir le monde qu’on a envie de soutenir, la vie qu’on a envie de vivre, pas pour soi égoïstement mais pour la communauté. On aurait le choix, on reprendrait une forme de responsabilité, on ne pourrait plus se plaindre du choix des autres, on aurait le choix et on assumerait.

Un exemple, rapidement. La politique de santé publique. Voilà un des domaines dont le fonctionnement me déçoit le plus dans notre société. On rembourse à foison les médicaments, les actes médicaux, tous les moyens de guérison qui se sont implantés durant le vingtième siècle, ère industrielle s’il en est.

Pour ma part, je vais très peu chez le médecin. Je privilégie une certain type de vie, celui dans lequel je crois : des promenades dans la forêt (ça c’est gratuit !), des séances ou des stages de danse, les médecines alternatives, de la spiritualité, des ateliers, des rituels, tout ce qui me rend, je le crois, plus heureux, plus proche de moi, et donc en meilleure santé. Quand je suis malade ou blessé (là, j’ai mal au genou droit depuis un mois), j’observe d’abord par moi-même ce qui m’arrive, je tente de relier mon mal avec les événements récents de mon existence, je me rends chez l’ostéo ou ailleurs, je reçois un massage ou un soin, pour trouver ce qui coince, pour me réparer vraiment, pour que le mal ne revienne pas, ou le plus tard possible.

Ok, c’est vrai, je ne suis pas parfait, je ne mange pas toujours sainement, j’ai fumé dans ma jeunesse (je me sens toujours jeune !), j’en fais parfois trop (je me sens parfois invincible !). Un jour peut-être, je devrai solliciter le système pour me remettre sur pied mais c’est de cette façon que j’ai envie de prendre soin de moi et des autres. De nombreuses personnes de mon entourage fonctionnent aussi comme ça. Qui se soucie d’imaginer un remboursement de ces pratiques ? À la place, on dénigre les ostéo, la psychomot’ et j’en passe, mais je m’éloigne …

Comment trouver un mécanisme qui permettrait une redistribution choisie ? Pas pour soi égoïstement, j’insiste, mais un mécanisme qui permettrait à chacun de soutenir ce qu’il croit juste, bon, efficace.

Je reviens à mon exemple. D’une certaine façon, on créerait une concurrence loyale, chacun évaluerait l’efficacité des pratiques selon des critères choisis, personnels, selon son expérience, et on laisserait de la place pour une santé publique différente, financée elle aussi par le bien public. Rééquilibrage.

Même chose pour l’alimentation, même chose pour l’éducation, pour la justice, pour les transports publics, l’insertion, l’aide sociale, …

Je ne suis pas un technicien, je ne sais pas quels mécanismes pourraient être mis en place, ni comment, mais là aussi, c’est une question de choix, celui de donner une existence institutionnelle et légale à d’autres mécanismes de redistribution. Des mécanismes locaux, décentralisés, ou centrés sur des intérêts différents, variés.

L’objectif serait de rendre la solidarité non pas facultative mais choisie et, c’est le but, plus efficace. Plus rentable socialement et humainement (et au final, financièrement, j’en suis persuadé). Qu’il devienne aussi plus agréable de m’y soumettre quand dans un élan d’individualisme, je ressens l’envie de m’extraire du monde. Quand j’ai envie de me replier sur moi ou ma famille, quand l’autre devient le problème.

Devant moi, les tables se remplissent petit à petit pour le repas de midi. Un doute surgit. Et si chacun finissait par ne penser qu’à lui, qu’il ne partageait plus ? Non. Non ! Je suis persuadé que l’Homme est profondément solidaire et intrinsèquement responsable.

 

Pour en savoir plus sur Quatre Quarts : http://quatrequarts.coop/
Et sur le Talent ottintois : http://www.letalent.be/
L’homme inspiré et inspirant dont je parle plus haut, c’est Idriss Aberkane (si ma mémoire est bonne).