Se jeter à l’eau

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Dimanche, c’était jour de Big Jump, un truc mondial qui consiste à sauter dans l’eau dans des lieux de baignade plus ou moins habituels, ou complètement inhabituels, pour sensibiliser – le faut-il encore ? – , à l’importance de prendre soin de l’eau et de sa qualité.

Moi, j’avais noté d’aller plonger au lac de Genval, exceptionnellement ouvert à la baignade pour l’occasion, du côté du yacht club.

Puis, est venu se greffer un autre but.

Rixensart – dont fait partie Genval – , est une commune hospitalière où depuis quelque temps des personnes de bonne volonté organisent un hébergement collectif à destination des migrants. Quinze gars – plus rarement des femmes – , pas toujours les mêmes, qui trouvent un lieu de repos et de détente au milieu de leur existence nomade plutôt épuisante.

Et une heure avant le grand saut, voilà qu’est proposé d’emmener sauter avec nous les hébergés du moment qui le souhaitent.

Des gars qui ont traversé la Méditerranée, le plus souvent au péril de leur vie, qui vont sauter dans le lac de Genval pour sensibiliser nos concitoyens à la qualité de l’eau ?

Hum.

En même temps, voilà bien une mixture que j’aime, mêlant deux de mes dadas citoyens : protéger la vie sous toutes ses formes, relier les humains et le reste.

Me voilà donc chauffeur des quatre premiers.

Pas sûr qu’ils vont tous sauter. Il faut dire qu’il y a plus de nuages que de soleil au-dessus de nos têtes. Qu’il ne fait pas chaud chaud. Que ce n’est pas non plus Playa del Mar.

Le reste de la bande arrive. Ils se motivent l’un l’autre. C’est ce qu’il me semble.

Le maître-nageur – l’événement est très bien encadré – nous demande de bien vérifier qu’ils savent nager, et même si c’est le cas, d’être attentif à eux. Pas d’accident ! Je ne vais pas être cynique, mais c’est vrai que perdre l’un d’eux, alors qu’il a survécu à la Méditerranée …

L’échauffement commence – c’est vraiment très bien encadré ! – , hop hop, les bras en l’air, les genoux, les épaules, …

Malgré nos efforts, le soleil n’apparaît pas, mais ce n’est pas grave, on va y aller !

Petit intermède : je suis interrogé par une journaliste de la RTBF radio.

Je m’en sors pas mal. Je trouve.

Sauf qu’à la question « Et vous n’êtes pas inquiet de la qualité de l’eau ? », j’entends – sans doute déjà trop bien focalisé sur l’effort à venir – : « la qualité de l’eau ici dans le lac ».

On n’est pas non plus dans le pire lieu de Belgique, je sais que le fond a été nettoyé la veille, donc : « non, je ne suis pas inquiet ». Oui, je vais sauter sans appréhension.

Elle me repose la question, la journaliste, ce qui aurait dû m’alerter : « Et vous n’êtes pas inquiet ? ». Je réitère ma confiance, et là, elle me dit « ça va commencer » et s’en va …

Je comprends – certes un peu tard – qu’elle attendait que je parle de mon inquiétude « générale » sur la qualité de l’eau.

En fait, j’aurais voulu répondre qu’il ne me semble pas qu’il faille être inquiet, mais plutôt conscient que l’eau est une ressource essentielle pour la planète, pour les espèces qui la peuplent, et pour chacun de nous, et que donc, oui, il faut en prendre soin. Big Jump ou pas.

Pas le temps de me sermonner, je suivrai la formation « Interview radio – Dire ce qu’il faut quand il faut » plus tard, et oui, c’est bientôt le grand plongeon.

On se dispose en plusieurs lignes sur le ponton en bois du yacht club. On va sauter, puis parcourir une centaine de mètres à maigre distance de la rive, puis ressortir. On peut nager mais globalement, on a pied, dans une vase plutôt spongieuse, j’ai mis des chaussons, petit luxe conseillé par les organisateurs.

Quatre gars sautent aussi, dont S., en dernier, qui se laisse glisser prudemment du ponton.

S. ne sait pas nager. On a promis – au maître-nageur et à S. – de rester près de lui. Et finalement, c’est moi qui lui tiens la main tout du long.

Il avance en marchant. Je nage plus ou moins.

À quelques reprises, surtout quand il perd légèrement pied et recrache un peu d’eau – pas si sale, je l’espère toujours – :

– It’s ok ?
– Yes. Ok.

Je le sens heureux, comme ça, presque libre, dans une eau qu’il ne connaît pas et qu’il ne reverra sans doute jamais.

Pas si froide, oh non !

Moi, je me sens ému. Partager le moment, avec tous ces blancs de peau plus ou moins hâlés – c’est de saison – et avec S. et ses compagnons.

Je ne sais si S. réalisera son rêve de trouver un nouveau chez lui, ni si la qualité de l’eau sera sauvée, mais ça a été un fichtrement bon dimanche.

Jump, jump ! O-Oh ! Jump, jump !

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