Rocketman

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Je ne sais pas si vous vous promenez parfois dans le centre de Bruxelles.
 
Certains placeront ses limites ailleurs, mais par centre de Bruxelles, j’entends la zone entre le piétonnier si décrié et la Grand-place tant admirée. Espace touristique par excellence.
 
Si on tend l’oreille, on capte de l’anglais, de l’espagnol, du chinois, et bien d’autres langues que je serais bien en peine de reconnaître. Si on a faim, on peut manger des moules, des frites, des gaufres, les parfums nous y convient. Plus loin, il y a le chocolat estampillé Belgique, les Manneken Pis ouvre-bouteilles, les vendeurs de chaussures, d’autres bars et restaurants.
 
Et puis, il y a la Galerie du Centre, redécouverte depuis quelques années.
 
Je suis venu en métro, descendu à De Brouckere, sorti place de la Monnaie, puis rue des Fripiers – les parfums de gaufres et de frites, donc -, et là, à gauche, l’entrée de la Galerie, gardée par l’éternel vendeur de chouchous, à moins que ce soit la gargouille protectrice du lieu, allez savoir.
 
Au coin, un vendeur de CBD garanti 100 % légal et bio crie « Enjoy ! » à son dernier client.
 
Sous le plafond de verre, je tourne à droite. En fait, à gauche ou à droite, peu importe, la galerie a pour moi une forme de fer à cheval, et surtout, finis les parfums de gaufres et de frites, on passe à tout autre chose, des effluves chimiques, dissolvants sans doute, puisque la galerie est aujourd’hui envahie par de multiples ongleries.
 
Fashion Nails, Nail City, USA Nails, je vous laisse juge de l’originalité des enseignes, et c’est moi qui me sens comme un touriste. Derrière les vitrines, ce sont des jeunes hommes asiatiques, assis à leur desk et équipés de masques chirurgicaux, qui prennent soin des mains de tous âges et de toutes couleurs. Si je devais en choisir un, je serais bien en peine !
 
Passées les effluves et les vitrines, je retrouve l’écrin que j’aime.
 
Le cinéma Aventure.
 
Aventure Ciné Confort, le bien nommé. Tapis rouge. Quelques marches. Un guichetier et un ouvreur-barman toujours sympas, les odeurs de cinéma – ou bien je me les imagine -, un écrin disais-je, quelques banquettes, le bar, des gens qui se parlent, aucun masque chirurgical, des gens qui patientent, et enfin, l’ouverture de la salle 1, celle-là même que je suis venu visiter.
 
J’allais presque oublier. Rocketman. Biopic aux couleurs de comédie musicale sur l’ascension de Sir Elton John. Non pas que je sois grand fan, si on m’avait demandé de citer un de ses morceaux, je crois que seul « Candle in the Wind » – entendu à l’époque de l’hommage à Lady Di – aurait daigné remonter du fond de ma mémoire, mais le personnage m’intrigue.
 
Le film, produit par Sir Elton lui-même, raconte sa vérité. Sa quête d’amour. Entre paillettes et souvenirs. Comment être aimé « convenablement » ? Entre dollars et dépendances en tous genres.
 
Évidemment. Maintenant mes oreilles reconnaissent les mélodies de « Your song » et « Still standing ». Entre autres.
 
Un parcours passionnant, fait d’audace et d’extravagance. De méandres et de remises en question.
 
À la sortie, un gars m’interpelle. Il se souvient de moi, son visage me rappelle quelque chose. Un ancien de notre collège, quinze ans au moins qu’on ne se s’est plus croisés.
 
Quel homme j’étais alors ? Pas le temps de lui demander, le film qu’il est venu voir ne l’attendra pas.
 
En haut des marches, toujours immergé dans l’univers de Sir Elton, je regarde mes mains et je me demande si ce n’est pas le moment d’expérimenter une manucure, au moins une fois dans ma vie, puis les effluves reviennent, puis les jeunes Asiatiques et les masques chirurgicaux, et je me dis que mon coupe-ongles, inoxydable ou presque, fera l’affaire. Pour cette fois.
 
Dehors, le flot des touristes semble sans fin.
 
Moi aussi, j’aimerais bien être un Rocketman, pour voir tout ça d’en haut. Mais non, je remonte à pied vers la Grand-place, puis vers la gare centrale. Le métro aussi fera l’affaire. Pour cette fois.
 
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