Retour au musée

Posté dans : Blog | 0
On sort de chez soi, doucement, et les musées ont rouvert.
J’aime la nature, rester immergé, et j’aime l’art, cette chose indéfinissable – on essaye pourtant ! – qui émeut, qui énerve, qui éblouit, sans qu’on sache pourquoi, sans que les sensations soient les mêmes pour tous.
Direction Bozar. Reprendre quelque chose qui ressemble à une habitude. Laisser ma voiture à Delta, plonger dans le métro. Si j’avais oublié mon masque préféré, les affiches nombreuses – en néerlandais et en français – sont là pour me le rappeler.
Pas grand monde sur les quais. Ni dans les rames.
Je descends à la station Parc. Comme titulaire d’un Museum Pass, j’ai dû réserver mon « slot », celui de dix heures ce samedi, et je suis en avance. L’impatience, sans doute.
Je me laisse errer dans le Parc de Bruxelles, quelques joggeurs, les deux bassins, des travaux, puis place Royale, et finalement la descente vers la rue Ravenstein. Au loin, la vue à travers le Mont des Arts. Bruxelles est en place.
Ticket électronique sur mon smartphone, accueil par les gardes masqués, un itinéraire distinct, gauche pour entrer, droite pour sortir, tout cela devient normal, classique, même si je note qu’il y a moins de monde qu’au supermarché.
Le hall immense, faire scanner mon e-ticket, monter les marches du grand escalier, tourner à droite.
Un gardien – masque blanc sur peau noire – m’indique le chemin.
– Jusqu’à la grille, et ça commence.
Je suis là pour l’exposition Mondo Cane. Une vingtaine de poupées à taille humaine, en position fixe ou répétant un mouvement basique. Un pizzaiolo roulant sa pâte (fausse), une tisserande, un joueur de lyre. Une tenant un parasol, une autre en chaise roulante, une vieille femme qui me fait un peu peur. Certaines émettent des sons. Toutes portent des habits anciens.
Si j’en crois le descriptif, dans la tête de l’artiste, les poupées se libèrent quand le musée ferme pour déambuler entre les dessins affichés aux murs.
Les poupées ne portent pas de masque.
Elle sont simples, grossièrement représentées même, mais l’ambiance m’emporte. La vie réelle. D’avant.
D’avant la technologie. D’avant le coronavirus. D’avant tout ça.
J’ai fait le tour. Deux fois.
Je me dirige vers la sortie, organisée par l’escalier qui mène à la place des Palais.
En haut des marches, sur la gauche, un homme est assis sur une chaise.
S’il ne s’était pas levé, j’aurais pu croire à une autre poupée. Sauf le masque.
Il me demande quelle expo j’ai visitée, puis il me parle d’une autre dont il a entendu grand bien à la radio. Je l’interroge sur sa situation, si tout est ok pour lui.
– C’est peinard. Beaucoup moins de monde. Et puis ils ont rouvert la porte.
La petite porte qui donne sur la place des Palais.
– Elle était fermée depuis les attentats.
Une porte fermée à cause des attentats, qui s’ouvre de nouveau grâce au coronavirus.
Je n’ai pas le temps de m’interroger sur le sens de tout ça : le gardien m’a accompagné jusque sur le trottoir et il me montre une colonie de fourmis qui traversent de gauche à droite, une à une.
Peut-être que ce sont les fourmis qui nettoient le passage. Qui rouvrent les portes. Qui montrent l’exemple. Une à une, faire le boulot ensemble.
Des poupées, des fourmis, retour au musée !