Race(s) unique(s)

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Quand j’étais adolescent, élève dans un confortable collège du Brabant wallon en Belgique, et que nous nous penchions sur les histoires sombres de la deuxième guerre mondiale, je me suis imaginé que la race unique dont les nazis préconisaient la préséance existait belle et bien, mais pas sous la forme qu’ils imaginaient, eux.

Aujourd’hui, dans un monde mondialement mondialisé, certes critiquable et critiqué pour ses déviances et inégalités, on voit de plus en plus de mariages, d’unions, de mélanges entre les peuples et les couleurs, tous les visages de notre belle planète.

De ce fait même, une race unique apparait, celle au sein de laquelle on ne sait plus qui est blanc, qui est noir, qui est roux, rose, jaune. Des mélanges à une, deux, trois générations, qui produisent au final des zinnekes sans appellation contrôlée, des bâtards peut-être, mais surtout des citoyens du monde aux racines multiples, aux cultures multiples, aux rayonnements multiples.

J’honore cette race unique-là et j’espère qu’elle fleurira de toutes parts, encore plus mélangée, encore plus étrange, sans que personne n’y trouve rien à redire, sans qu’il n’y ait plus d’étranger. Que feront les extrémistes quand ils ne sauront plus qui est qui ? Que feront les racistes, les fascistes quand ils devront bien reconnaître leur propre diversité intérieure ?

L’humanité est une race unique, sans aucun doute, qui ferait mieux, par ailleurs, de ne pas se prévaloir sur les autres races et espèces, animales, végétales, minérales, mais plutôt se décider à mettre en œuvre ses forces et ses intelligences au service du plus grand nombre. Pour le vivant.

Nous restons uniques, chacune et chacun, individuellement, mais aussi culturellement. Les mélanges n’interdisent pas les spécificités ! Non, mille fois non ! Quel plaisir de déguster un Pad Thaï fait maison, de prier une divinité qui nous inspire même si elle ne nous a pas vu naître, de nous promener dans un palais indien, chinois, de découvrir un écrit ou des mots prononcés dans une autre langue, de la poésie, une musicalité qui n’appartient qu’à ceux qui la manient, des sons, toutes les richesses qui naviguent aujourd’hui à travers le monde, peut-être pour nous le rappeler, qui sait, que nous sommes ensemble et uniques, que nous formons un ensemble unique, ayant pour but de voyager le plus loin possible, vers une destination dont seuls le temps et la persévérance connaîtront le contour et les parfums.

Nous sommes une race unique, tous, toutes, d’ici et de là-bas, d’ici à là-bas et retour, et nous pouvons nous en réjouir, chaque jour, et la préserver, l’amplifier, nous émerveiller.

J’en profite : merci à toutes celles et tous ceux, en ces temps de migration, qui sont venus jusqu’ici, même contraints et forcés, qui y trouveront peut-être l’amour et la force de construire un foyer à double foyer, à celles et ceux qui ne sont que de passage mais qui réveillent nos consciences. Merci à celles et ceux qui les accueillent, qui leur disent que oui, nous sommes différents mais les mêmes, que nous sommes sensibles à ce qu’ils vivent, que nous comprenons leur quête de paix et de liberté.

La race unique, si elle existe, n’est pas figée : elle vit, elle danse, elle partage.
Elle accepte les différences, honore les talents, réjouit les cœurs.
Offre un retour à notre essence.

 

(Photo prise à la Tate Modern de Londres – Artiste dont je n’ai pas noté le nom)