Minuit deux

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Minuit deux. Heure à laquelle je pourrais m’endormir, mais je me réveille d’un court premier sommeil.

Une sorte d’insomnie me prend, de frénésie aussi.

Il faut sans attendre que j’aille m’allonger, me coucher dehors.

Frénétique envie, mais réfraction en retour : je me demande s’il fait assez chaud – sans doute, puisque c’est l’été – , et où est mon matelas auto-gonflant. Et mon sac de couchage ?

J’écoute la frénésie et je m’extrais du lit.

Mon pas se fait décidé, motivé. Je descends l’escalier, j’enfile chaussettes et fine laine polaire – c’est l’été mais quand même – , j’embarque couchage et matelas, j’ouvre porte et volet, et je me projette dans la nuit.

J’ai opté pour l’avant de la maison, vers l’est, pour une raison théorique de confort. Le terrain est en pente, pas besoin d’oreiller, me dis-je, idéal pour des observations et des rêveries nocturnes.

Sauf que non.

J’erre deux minutes trente, les pieds dans l’herbe humide, avant de me rendre compte que ce n’est pas ça, pas là que je me coucherai.

Je retraverse la maison et me projette à nouveau, cette fois vers le jardin, côté ouest, là où la journée durant, un petit robot électrique vert – surnommé la tortue – mouline consciencieusement et broie l’herbe sans rechigner.

Je déroule matelas et couchage, et je me glisse dans les plumes avec délice.

Le ciel est voilé. Des nuages se languissent tranquillement, épais ou plus légers, couverture lointaine au monde de la nuit.

De temps en temps, une, deux, trois étoiles apparaissent. Les observations astronomiques seront pour un autre soir, mais le ciel m’a l’air à sa place.

Je respire. Je profite. Quelques bruits de moteurs, au loin, ou un avion, mais tout est calme.

En moi aussi. La frénésie m’a quitté. Si ça se trouve, je vais vraiment m’endormir, et me réveiller au petit matin.

D’ailleurs, mes yeux se ferment.

C’est alors que je l’entends. Une sorte de bip régulier surgissant de nulle part.

Ça pourrait être la fidèle tortue, qui se recharge en vue de son labeur quotidien.

Mais non.

Je le sais, parce que le bip m’est familier.

C’est un crapaud accoucheur qui s’exprime.

Un naturaliste qualifié – j’en connais ! – me partagerait sans doute volontiers son nom latin, mais moi, voilà ce que je sais, ou ce que je crois savoir : c’est le mâle qui porte les œufs, sur son dos, jusqu’à l’éclosion.

D’où le nom de la bête. Crapaud. Accoucheur.

En ce temps estival, on parle de moisson, de récolte.

Qu’en est-il de la croissance, de la gestation ?

Et moi, de quoi suis-je donc en train d’accoucher ?

Je suis étendu sur le dos, alors j’imagine plutôt les œufs grossissant un peu partout sur mon corps, sinon je les écraserais. Tous les projets, petits et grands, connus et inconnus, sur le chemin de l’éclosion.

Mon futur spectacle, Histoires à vivre debout, est celui qui prend le plus de place pour le moment. En témoignent les phrases et extraits qui, ces derniers jours, reviennent à ma mémoire sans prévenir.

Mais il y a tout le reste. Il n’est même pas exclu que j’accouche de moi-même. Carrément !

Alors ?

Alors, le crapaud s’est tu.

Aurait-il, lui, déjà accouché ?

Là-haut, les nuages se sont dégagés. Je reconnais Pégase et Cassiopée.

Pourtant, nul besoin d’un cheval ailé. Le moment venu, tout éclot à la réalité.

Pour l’instant, j’ai juste à respirer. À laisser doucement mes yeux se fermer.

Et la vie, du reste se charger.

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