Les Beaux-Arts

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Avec le temps, je suis devenu un adepte de Bozar. J’avais déjà visité le musée Magritte. Mais face aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, je bloquais.

Intimidé sans doute, rebuté un peu, devant les collections intitulées « Fin de siècle » et « Old masters ».

Craignant aussi de voir étalé, devant moi et au grand jour, mon inculture quant à la peinture que j’aurais simplement qualifiée « d’ancienne ».

Pourtant ! Je ne sais pas ce qui m’a pris aujourd’hui : Delta, Métro, Parc, Place royale, Rue de la régence, quelques marches à escalader, le tourniquet vitré, et je suis entré.

Chance ! Les collections permanentes susnommées peuvent être visitées d’un seul ticket ! Une double perfusion de rattrapage.

On se doute que le bâtiment est grand – les musées royaux quand même ! – mais il est immense.

Le hall, d’abord, orné de toiles géantes, puis il faut choisir par où commencer.

Pour une fois : par la fin.

J’entreprends donc une descente, non pas aux enfers, mais dans les profondeurs de notre histoire.

Étage après étage, les escaliers, suivre les flèches, traverser les espaces vides, saluer le gardien, et j’y suis.

Je scanne mon ticket, et s’ouvre alors un long voyage, du réalisme au symbolisme, en passant par l’impressionnisme. Si j’ai bien compris.

Ce sont les œuvres réalistes qui m’ont le plus impressionné.

La photographie existait déjà, mais quel talent, et quelle technique, pour reproduire des scènes avec tant de vérité.

En fait, je n’en sais rien.

Les peintures sont précises, détaillées, lumière et perspective, presque réelles, mais l’artiste a-t-il reproduit avec fidélité ce qu’il voyait ?

Je n’en sais rien.

Qu’en est-il de la subjectivité ?

En notre époque d’évolution quantique, où l’on nous invite à créer notre réalité, à modeler la matière par la force de notre pensée, loi de l’attraction et ses dérivés, que penser d’une œuvre réaliste ?

Je m’égare, je le crains, dans méandres de mon esprit.

Heureusement, les impressionnistes, puis les symbolistes, me rappellent à l’ordre : j’aime tout autant ce que je vois que ce que j’imagine.

Je m’imagine dormir ici, dans un des vieux fauteuils en cuir remisés aux abords du cinquième sous-sol.

Je m’imagine – béni des dieux – enfiler un des masques peints par James Ensor, et devenir pour la nuit le gardien maudit des lieux.

Je m’imagine remonter par l’ascenseur, pourtant hors service, jusqu’au hall des vénérables old masters, Brueghel – les deux – , Rubens, Bosch et compagnie.

Leur dire qu’ils n’auront pas été les derniers, que l’art vit encore, qu’au seizième siècle en ont succédé d’autres, que le millénaire a changé et s’annonce …

Mais non, je suis assis sur une banquette usée surplombant le hall immense, avec une toile d’Aleschinski à admirer en contre-plongée par-delà la balustrade.

Les vieilles représentations catholiques aux encadrements dorés m’ont ennuyé.

Brueghel, passe encore, les villages, une touche d’humour festif, découvrir la vie d’alors, mais pour le reste, je n’en peux plus.

C’est trop. Les Beaux-Arts ont eu raison de ma vaillante curiosité.

Je suis mieux ici, sur ma banquette usée.

Il fait frais. J’observe le monde. Qui s’imprègne – chacun à sa façon – d’une réalité qui a déjà vécu.

Au passage, je me demande à quel courant, plus tard, seront associés les artistes d’aujourd’hui.

Quantisme ? Netflixsme ? Apocalysme ?

Des courants qui émergent, s’installent, disparaissent.

Et y aura-t-il une place pour eux ici-bas, ici en-bas ?

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