Fouler le pré brûlé

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Mes pieds foulent, habitués, l’herbe du jardin
Habitués à la tendresse, à la douceur, à la rosée
Mes yeux suivent, habitués eux aussi
Au vert, aux nuances de la nature, à l’espoir

Ce jour, depuis des jours, pourtant
L’herbe s’assèche, rêche, brune, désolante
Les racines restent, oui, la terre en sous-couche
L’espoir n’est pas mort, il résiste aux assauts, à la chaleur

Mais je me désole, sans le doux tapis de mon enfance

Je pleure, espérant par là ressusciter les brins
Raviver, la flamme non, mon dieu point de feu en sus !
Mais la pluie, le ciel brumeux, les vents salvateurs

Pour tout dire, je danse même, comme là-bas !

Les danses sacrées, pour une pluie sacrée
Qui fait pousser les récoltes, fait mûrir les Hommes
Je bouge mes pieds et mon corps, pour ne pas figer

Je me roule dans l’herbe, pour bien sentir

Pour m’assurer que je ne dors pas, encauchemardé
Que ceci est bien réel, que la vie veut me montrer
Qu’il y a encore tant à faire, que le feu n’est pas tout

Je me roule et la colère m’enroule, un autre feu

J’en veux à la Terre entière, à ses habitants
Aux humains inconscients, à l’industrie magnifiée
Inarrêtable, incontrôlable, détestable

Je m’en veux moi-même, de marcher sur l’herbe

De savoir et de parfois oublier, de me renier
Je suis triste, pour tout dire, pour tout vous dire
Je suis triste, je m’agenouille, devant la nature

Devant les espèces mortes et menacées

Devant la terre labourée, bafouée, malmenée
Les déchets déversés, les rivières, les océans,
Les arbres, eux-mêmes, ancêtres désenchantés

Je m’assieds, je caresse le pré brûlé

Je lui dis ma peine, les horreurs, le dégoût
Il écoute, plus tendre qu’il n’y paraît
Parce qu’elle est bien là, la vérité

L’herbe, le vert, la bonté existent encore

Le cœur tendre, voyez-vous, lui sait
Il nous conduira, à pas de loup, ou de géant
Vers un horizon dégagé, rafraichi, solidaire

Le destin commun, voyez-vous

Des hommes et des plantes, et des bêtes
La vie, unie, reconnue, appréciée
Nous le demande : levez-vous !