L’automne, la lenteur, le ciel

Lorsque j’anime un atelier de poésie de l’extase comme ce fut le cas aujourd’hui, le travail principal se déroule autour de l’écriture spontanée.

Et moi, avant que les participants n’arrivent, je m’y exerce, une page A4 pile poil, puis je lis le texte tel quel une fois notre cercle constitué, comme une inspiration pour la journée, ou un exemple.

Souvent, je n’en fais rien de plus.

Aujourd’hui, alors que mes compagnons de voyage du jour s’en sont allés, parce qu’il parle de l’automne, de la lenteur et du ciel, il me plaît de vous le partager, sa structure légèrement recomposée.

C’est un matin qui pleut.

Je cherche la bonne image qui viendrait réveiller tout ça.

Je pense à une Formule 1 et on lui aurait mis des pneus lisses, pas les pneus pour la pluie.

Oui, j’aurais préféré une image animale ou végétale mais c’est l’image du gros moteur bruyant qui est là, qui me fait penser à une voiture puissante, qui serait prête à vrombir, mais qui glissera sur le sol humide, sur le macadam brillant d’une eau amoncelée depuis les temps immémoriaux.

Depuis quand la Formule 1 nous accompagne-t-elle sur terre, pas moyen de m’en souvenir, pour peu que je l’eus déjà su.

Je ne vais pas pouvoir en dire quoi que ce soit mais je reste sur cette idée, la puissance, la glissade, ruer n’est pas tomber, je glisse dans un puits sans fond mais je le connais déjà, donc ce n’est pas grave, je connais le chemin, le circuit pour en sortir, je grimperai s’il le faut mais je reverrai la lumière, pour peu que la lumière existe.

C’est ce qui m’a été donné de voir, avec mes phares allumés dans le brouillard, des phares LED maintenant, ce serait l’idéal pour traverser la noirceur de l’hiver sans polluer de trop.

Je pense à Rouen, ville exposée à ces fumées dégueulasses depuis deux jours. Quelle horreur, je ne sais même pas ce que fabriquait cette usine, ça pourrait être des pneus d’ailleurs, la couleur de la fumée, son épaisseur digne d’un feu de pneus, horrible fumée noire, marée noire au-dessus de nos têtes.

Je ne me noierai pas. D’ailleurs, j’ai mis mon casque. Comme tout bon pilote responsable, j’ai mis mon casque, au cas où le ciel me tomberait sur la tête. Sur la terre, oui, le ciel qui tombe sur la terre, qui voudra bien le rattraper ? Ils devraient en parler au JT, à la radio, qui rattrape le ciel quand il tombe ?

Est-ce que quelqu’un pense à rattraper les gouttes pour le
jour où on en aura besoin ?

Ca pourrait être moi, je me baladerais avec mon casque et un sac en plastique, non, pas en plastique, ça fait trop fumée noire, mais c’est pratique le plastique pour recueillir les larmes du ciel, qui pleure de ne pas pouvoir tomber, ou parce qu’il est tombé sur ses deux genoux et qu’il a mal.

C’est drôle d’imaginer le ciel qui tombe, avec ses deux yeux qui pleurent, ses deux genoux qui saignent, ses mains écorchées sur le macadam, et les Formule 1 qui passent à côté de lui en pétaradant, sans s’arrêter, sans un regard pour le ciel blessé.

Il n’avait qu’à faire attention ! On l’avait prévenu !

C’est ça, la vie, parfois les gens préviennent et ils croient qu’alors tout est réglé, qu’on peut se laver les mains de la souffrance du ciel, mais non, il faut ouvrir ses bras, le ramasser, pas la peine de rouler des mécaniques, on doit juste se rappeler que le ciel fait partie de notre truc, notre monde, qu’il n’est pas plus inutile que chacun de nous, qu’il a droit aux mêmes égards que la terre, pour peu que celle-ci en reçoive beaucoup.

Je ne sais pas, moi j’aime les deux, la terre et le ciel, ça me fait penser à cette phrase que je me suis répétée longtemps, encore parfois d’ailleurs, la terre et le ciel sont là pour me soutenir, pour nous soutenir, ils ne demandent rien en échange.

Ca fait un peu vieille prière d’un autre temps mais j’aime bien. Ca me donne du courage, de la confiance, quoi que je fasse aujourd’hui, quoi qu’il arrive, la terre et le ciel seront encore là demain.

Je peux tourner en rond, brûler toute mon énergie, lâcher mille gaz nauséabonds, ils seront toujours là, amicaux, bienveillants, soutenants, et ne demanderont rien en échange.

Je n’ai jamais vraiment aimé conduire vite, parfois je le fais parce que le monde me donne l’impression que je dois me presser mais je préfère la lenteur, celle de l’escargot, j’en reviens souvent à l’escargot, d’ailleurs il aime la pluie, lui, et peut-être qu’on en verra tout à l’heure, quand on sortira dans l’humide matinée de ce jour pluvieux.

La Formule 1 et l’escargot, rien ne sert de courir il faut partir à point, c’est une histoire connue, et le ciel me la rappelle aujourd’hui. Je suis là, tout va bien, il n’y a pas à se presser alors que tout est déjà là, que tout est prêt à devenir, sous un ciel plus clément qu’il n’y parait.

La terre et le ciel, la Formule 1 et l’escargot, ce sont de belles images, elles me plaisent bien en tout cas, pour cette journée, et pour moi qui me suis levé trop tôt.

L’automne est là, à quoi bon refuser cet état de fait.

Je pense parfois que j’entre dans l’automne de ma vie, ce qui pourrait paraître sombre et lugubre, mais non, nenni, je trouve que c’est bon, c’est le temps du lâcher-prise, rien à prouver, rien à pousser, à retenir, se laisser tomber, pas forcément au fond du trou, hein, mais dans la main de la terre, sous le regard bienveillant du ciel.

Voilà ce que devrait être l’automne, point de fumée noire, ni grise, ni blanche d’ailleurs, nous avons le temps, la lumière est douce, plus tendre en fait, j’aime bien.

Les Beaux-Arts

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Avec le temps, je suis devenu un adepte de Bozar. J’avais déjà visité le musée Magritte. Mais face aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, je bloquais.

Intimidé sans doute, rebuté un peu, devant les collections intitulées « Fin de siècle » et « Old masters ».

Craignant aussi de voir étalé, devant moi et au grand jour, mon inculture quant à la peinture que j’aurais simplement qualifiée « d’ancienne ».

Pourtant ! Je ne sais pas ce qui m’a pris aujourd’hui : Delta, Métro, Parc, Place royale, Rue de la régence, quelques marches à escalader, le tourniquet vitré, et je suis entré.

Chance ! Les collections permanentes susnommées peuvent être visitées d’un seul ticket ! Une double perfusion de rattrapage.

On se doute que le bâtiment est grand – les musées royaux quand même ! – mais il est immense.

Le hall, d’abord, orné de toiles géantes, puis il faut choisir par où commencer.

Pour une fois : par la fin.

J’entreprends donc une descente, non pas aux enfers, mais dans les profondeurs de notre histoire.

Étage après étage, les escaliers, suivre les flèches, traverser les espaces vides, saluer le gardien, et j’y suis.

Je scanne mon ticket, et s’ouvre alors un long voyage, du réalisme au symbolisme, en passant par l’impressionnisme. Si j’ai bien compris.

Ce sont les œuvres réalistes qui m’ont le plus impressionné.

La photographie existait déjà, mais quel talent, et quelle technique, pour reproduire des scènes avec tant de vérité.

En fait, je n’en sais rien.

Les peintures sont précises, détaillées, lumière et perspective, presque réelles, mais l’artiste a-t-il reproduit avec fidélité ce qu’il voyait ?

Je n’en sais rien.

Qu’en est-il de la subjectivité ?

En notre époque d’évolution quantique, où l’on nous invite à créer notre réalité, à modeler la matière par la force de notre pensée, loi de l’attraction et ses dérivés, que penser d’une œuvre réaliste ?

Je m’égare, je le crains, dans méandres de mon esprit.

Heureusement, les impressionnistes, puis les symbolistes, me rappellent à l’ordre : j’aime tout autant ce que je vois que ce que j’imagine.

Je m’imagine dormir ici, dans un des vieux fauteuils en cuir remisés aux abords du cinquième sous-sol.

Je m’imagine – béni des dieux – enfiler un des masques peints par James Ensor, et devenir pour la nuit le gardien maudit des lieux.

Je m’imagine remonter par l’ascenseur, pourtant hors service, jusqu’au hall des vénérables old masters, Brueghel – les deux – , Rubens, Bosch et compagnie.

Leur dire qu’ils n’auront pas été les derniers, que l’art vit encore, qu’au seizième siècle en ont succédé d’autres, que le millénaire a changé et s’annonce …

Mais non, je suis assis sur une banquette usée surplombant le hall immense, avec une toile d’Aleschinski à admirer en contre-plongée par-delà la balustrade.

Les vieilles représentations catholiques aux encadrements dorés m’ont ennuyé.

Brueghel, passe encore, les villages, une touche d’humour festif, découvrir la vie d’alors, mais pour le reste, je n’en peux plus.

C’est trop. Les Beaux-Arts ont eu raison de ma vaillante curiosité.

Je suis mieux ici, sur ma banquette usée.

Il fait frais. J’observe le monde. Qui s’imprègne – chacun à sa façon – d’une réalité qui a déjà vécu.

Au passage, je me demande à quel courant, plus tard, seront associés les artistes d’aujourd’hui.

Quantisme ? Netflixsme ? Apocalysme ?

Des courants qui émergent, s’installent, disparaissent.

Et y aura-t-il une place pour eux ici-bas, ici en-bas ?

#beauxarts #musée #bruxelles
#davantetdaujourdhui
#findesiecle #oldmasters
#subjectivite #cestpasfini

L’Oracle de la Forêt de Soignes

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L’Oracle de la Forêt de Soignes

Voilà un projet qui nous occupe, Amir Bouyahi et moi, depuis plus d’un an !

Je vous raconterai un jour comment l’idée a germé mais je peux déjà vous dévoiler que cet oracle est pour nous une façon d’honorer la forêt, et au-delà, tout ce que la nature peut nous enseigner.

Si je sors du bois (!) en ce jour, c’est parce qu’une grande étape est franchie : le premier jet des textes associés aux cinquante-deux cartes est écrit.

De surcroît, nous avons trouvé le peintre idéal pour les illustrer.

Il y a beaucoup d’étapes en tout genre encore à franchir : la production finale (cartes, livret, boîte) est espérée pour dans une bonne année.

Entre-temps, nous ne manquerons pas de vous tenir informés et, qui sait, de vous solliciter ?

De votre côté, n’oubliez pas : en cas de coup dur, de mou, de bambou, une belle balade en forêt, et ça repart ! 🌱

#loracledelaforetdesoignes
#cartes #tarot #oracle #foretdesoignes
#lanaturenousenseigne #animaux #arbres
#beaute #sagesse #vie
#jesuissauvageetjelereste

Souffle

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Vous trouverez plus bas les mots que j’avais décidé de partager aujourd’hui, pour celles et ceux qui aiment un peu de lecture.

Puis, regardant de plus près les photos choisies pour les illustrer – le gâteau de mon deuxième anniversaire ! – , et lisant ce qui se passe pour le moment dans la forêt amazonienne, ces incendies terribles, je me suis mis à rêver … ce petit garçon de deux ans pourrait-il y faire quelque chose, au moins à rebours ?

Probablement non.

Mais, bon dieu, je rêve que mon souffle puisse éteindre, non pas deux, dix, mille bougies, mais ces feux étouffants et étourdissants.

La forêt amazonienne n’est pas un gros gâteau destiné à être découpé, brûlé, avalé.

C’est un poumon, un espace de vie, de liberté sauvage.

De souffle, tiens, justement !

Alors, oui, je soufflerai aujourd’hui à répétition, espérant que des ailes de papillons de toutes les couleurs veulent bien porter mes espoirs jusqu’aux arbres et aux peuples de là-bas, et je penserai encore et encore, en cette belle journée, à la façon de mieux protéger nos forêts, chaque petit geste, chaque pas, pour garder la vie au plus près des étoiles !

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(Voilà les mots annoncés)

En octobre de l’année dernière, un acouphène s’est invité un beau matin dans mon oreille droite.

Je passe les détails des premiers jours, d’un ORL à un autre, l’inquiétude, jusqu’à un long après-midi aux urgences de Saint-Luc.

Mais en ce jour anniversaire de ma naissance, il me vient une sorte de récapitulatif de ce que ce sifflement, encore aujourd’hui permanent, m’a apporté jusqu’ici.

D’abord, une double prise de conscience, en répondant à cette question : si ce sifflement était une alarme, de quoi me préviendrait-il ?

De mon besoin de m’installer bien, mieux, dans ma maison, réintégrée quelques mois plus tôt.
De mon besoin d’écoute de mon cœur, de lien amical, affectif, de partage.

Alarme qui fut donc le point de départ de plusieurs décisions.

Mais avant, il a fallu passer par une case que je n’avais pas encore cochée dans mon parcours personnel : un cycle de huit semaines de pleine conscience, ou pleine présence, durant les trois mois d’hiver.

Je ne deviendrai jamais – qui sait ? – un grand adepte de la méditation assise, mais je constate que l’expérience m’a remis sur le chemin de l’écoute de moi, du temps présent, à l’intérieur et à l’extérieur.

Retrouver, aussi, le plaisir de la promenade – puis de la course à pied ! – , et du repos, du vide.

Entre-temps, ça y était, j’avais pris le taureau et la vache par les cornes : un, en m’inscrivant à une semaine de création en groupe fin mars, et deux, en entreprenant les travaux d’aménagement du deuxième étage, autour desquels je tournais depuis des mois, en vue de tisser un joli nid douillet.

Pente ascendante, il semblait bien, mais ce n’était que le début !

Vint en effet cette semaine de création, fin mars, Le Grand Labo, sur le thème annoncé au matin du premier jour : La Chute.

Pente ascendante, peut-être, mais chute, aussi.

Chuter. Lâcher prise. Tomber. Plonger. Ne rien attendre. Quand allais-je me relever ?

Des rencontres aussi. Des artistes, des chouettes personnes, de la vie, et le besoin, oui, je m’en suis alors rendu compte, de me remettre en mouvement. Vive le retour à la danse !

Alors que le chantier s’organisait, que la poussière se soulevait, que les vieilles choses se jetaient, il était temps, aussi, de reprendre le travail d’écriture autour de mon projet de seul en scène, dont le titre allait devenir : « Histoires à vivre debout » .

Oui, vivre debout, et en mouvement, repasser sur de vieilles histoires, leur donner un sens nouveau, ou ne plus leur trouver aucun sens.

Surtout : vivre !

Un élan soutenu au passage par trois belles lectures : Danse avec l’ombre de Doha Khan, Un homme debout de Franck Lopvet, Paroles d’un grand-père chaman de Patrick Dacquay.

Un triangle d’enseignement, avec comme essentielle conclusion à ingérer : vivre debout, couché, assis, en dansant, quoi qu’il en soit, vivre chaque instant, à fond, vivre tout ce qui est là, vivre les rencontres, les émotions, rire, pleurer, suivre son cœur, oser !

Rien de très neuf, je vous l’accorde, mais rappel salutairement nécessaire en cette année de mutation acouphénique.

Et puis, je ne l’oublie pas, un lien impromptu et privilégié avec l’esprit de l’ours, qui m’a aidé à me redresser, avant de me confier, comme ça, sans que je l’aie sollicité :

– Ne va pas dans la direction de ce dont tu as envie, va dans direction de ce qui te fait peur.

Ah bon ? Et oui !

Ok. Allons-y ! Ce fut alors, entre autres, fin juin chanter pour la première fois sur scène – un duo sur « Ce n’est rien » de Julien Clerc, … ce ne fut pas rien, en effet – , puis en juillet les trois jours d’un workshop d’improvisation vocale où, outre le plaisir de nouvelles belles rencontres, j’ai découvert la jouissance – littéralement – d’être débutant.

Dépassé, ému, remué, mais joyeux de mon audace, de ne pas savoir, d’apprendre, d’être petit, de ne rien devoir assumer. Oui, un débutant !

Entre-temps, le sifflement est toujours là. Il est devenu mon ami. Parfois discret, parfois me rappelant que l’alarme sonne toujours.

Peut-être pour toujours, qui sait ? Le chemin n’est pas fini.

Je me dois aussi de reconnaître ici devant vous qu’au cours de cette année, j’ai pris conscience de ma gorge. Grâce au chant, mais pas seulement.

Pendant certaines médiations assises – surtout les plus longues – , j’ai perçu d’intenses sensations autour de ma gorge. Chaleur, pincement. Je m’en suis ému, et j’ai été mis sur la piste du chakra de la gorge.

Je ne suis vraiment pas un grand connaisseur, il y a beaucoup à en dire, mais savez-vous qu’un déséquilibre du chakra de la gorge peut causer un acouphène ?

Dois-je considérer la boucle bouclée ?

Peut-être. Alors, il semble qu’il me reste à écouter avec plus encore de discernement, à m’exprimer avec plus encore de confiance et d’amour, et qui sait, mon ami siffleur s’en ira-t-il conter ailleurs d’autres histoires ?

Je n’ai pas été exhaustif et je ne le serai pas, sur cette année de mutation.

Finalement, j’ai aussi mes jardins secrets, et je ne veux pas me faire trop long.

Mais quand même, une phrase – ou deux – qui s’est élevée de tout ça :

Je suis heureux d’être moi. J’aime être moi.

C’est une affirmation – parfois difficile à maintenir ! – qui me mène plus loin.

Qui me mène à vivre le présent. À aimer la vie, les autres.

Aimer rire, pleurer, gueuler. Aimer siffler. Tout est bon.

C’est bateau, hein ?

Mais c’est comme ça. Et ça me plaît.

 

Souffle

Minuit deux

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Minuit deux. Heure à laquelle je pourrais m’endormir, mais je me réveille d’un court premier sommeil.

Une sorte d’insomnie me prend, de frénésie aussi.

Il faut sans attendre que j’aille m’allonger, me coucher dehors.

Frénétique envie, mais réfraction en retour : je me demande s’il fait assez chaud – sans doute, puisque c’est l’été – , et où est mon matelas auto-gonflant. Et mon sac de couchage ?

J’écoute la frénésie et je m’extrais du lit.

Mon pas se fait décidé, motivé. Je descends l’escalier, j’enfile chaussettes et fine laine polaire – c’est l’été mais quand même – , j’embarque couchage et matelas, j’ouvre porte et volet, et je me projette dans la nuit.

J’ai opté pour l’avant de la maison, vers l’est, pour une raison théorique de confort. Le terrain est en pente, pas besoin d’oreiller, me dis-je, idéal pour des observations et des rêveries nocturnes.

Sauf que non.

J’erre deux minutes trente, les pieds dans l’herbe humide, avant de me rendre compte que ce n’est pas ça, pas là que je me coucherai.

Je retraverse la maison et me projette à nouveau, cette fois vers le jardin, côté ouest, là où la journée durant, un petit robot électrique vert – surnommé la tortue – mouline consciencieusement et broie l’herbe sans rechigner.

Je déroule matelas et couchage, et je me glisse dans les plumes avec délice.

Le ciel est voilé. Des nuages se languissent tranquillement, épais ou plus légers, couverture lointaine au monde de la nuit.

De temps en temps, une, deux, trois étoiles apparaissent. Les observations astronomiques seront pour un autre soir, mais le ciel m’a l’air à sa place.

Je respire. Je profite. Quelques bruits de moteurs, au loin, ou un avion, mais tout est calme.

En moi aussi. La frénésie m’a quitté. Si ça se trouve, je vais vraiment m’endormir, et me réveiller au petit matin.

D’ailleurs, mes yeux se ferment.

C’est alors que je l’entends. Une sorte de bip régulier surgissant de nulle part.

Ça pourrait être la fidèle tortue, qui se recharge en vue de son labeur quotidien.

Mais non.

Je le sais, parce que le bip m’est familier.

C’est un crapaud accoucheur qui s’exprime.

Un naturaliste qualifié – j’en connais ! – me partagerait sans doute volontiers son nom latin, mais moi, voilà ce que je sais, ou ce que je crois savoir : c’est le mâle qui porte les œufs, sur son dos, jusqu’à l’éclosion.

D’où le nom de la bête. Crapaud. Accoucheur.

En ce temps estival, on parle de moisson, de récolte.

Qu’en est-il de la croissance, de la gestation ?

Et moi, de quoi suis-je donc en train d’accoucher ?

Je suis étendu sur le dos, alors j’imagine plutôt les œufs grossissant un peu partout sur mon corps, sinon je les écraserais. Tous les projets, petits et grands, connus et inconnus, sur le chemin de l’éclosion.

Mon futur spectacle, Histoires à vivre debout, est celui qui prend le plus de place pour le moment. En témoignent les phrases et extraits qui, ces derniers jours, reviennent à ma mémoire sans prévenir.

Mais il y a tout le reste. Il n’est même pas exclu que j’accouche de moi-même. Carrément !

Alors ?

Alors, le crapaud s’est tu.

Aurait-il, lui, déjà accouché ?

Là-haut, les nuages se sont dégagés. Je reconnais Pégase et Cassiopée.

Pourtant, nul besoin d’un cheval ailé. Le moment venu, tout éclot à la réalité.

Pour l’instant, j’ai juste à respirer. À laisser doucement mes yeux se fermer.

Et la vie, du reste se charger.

#crapaud #accoucheur #bip
#minuitdeux #nuitetjour #frenesie
#jemaccouchedoncjesuis
#histoiresavivredebout

Multicopter

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Il fait chaud.
Le monde se réchauffe.
Moi je m’étends.
Sous les ventilos.

Et si le plafond pouvait s’envoler.
Nous relier directement.
Nous ensoleiller.

Ce serait un abri volant.
Pour ceux qui en ont besoin.
Ou un multicopter.
Pour nous faire rencontrer.

On s’envolerait l’un avec l’autre.
On se dirait ce qu’on aime.
Dans la vie.

Il y aurait le vent du dessus.
Et celui du dessous.
Ça soufflerait dans tous les sens.
Mais dans la même direction.

Puis on atterrirait.
On se rendrait compte qu’il y en a d’autres.
Des amis de toutes les couleurs.

Ça se met à tourner.
Le plafond ne s’envole pas.
Je suis assis et je regarde.
Parmi les autres.

Je crois que je vais marcher.
Ou courir, pour sentir.
La terre sous mes pieds.

Mais je reviendrai.
Car il vaux mieux rêver.
Même si c’est absurde.
Que ne pas rêver.

Ce qui serait absurde.

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