Être une fleur

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Ce n’était certainement pas la vérité. Une hypothèse, tout au plus, qui demandait à être vérifiée.
 
Est-ce que je peux devenir une fleur ?
 
N’importe laquelle. Un narcisse (pour mon ego), une tulipe (pour les plats pays), une rose (pour les épines).
 
J’étais face à cette question.
 
Je me promenais dans les grandes serres. Entouré d’humains nombreux, venus comme moi humer l’air de la nature mise sous verre.
 
Je guerroyais à l’intérieur. Entre rester humain parmi les humains. Ou devenir une fleur parmi les fleurs.
 
Être une fleur, c’est se planter dans la terre – j’aime l’idée – c’est se dresser vers le soleil – j’aime aussi – c’est s’ouvrir, égayer le monde, c’est se laisser butiner.
 
Tout ça, j’adore.
 
J’étais là, devant un immense bac rempli de terre, de tiges et de pétales.
 
Figé. Les gens marchaient, déambulaient autour de moi, cherchant à m’éviter, moi le figé, sans me regarder.
 
J’ai besoin qu’on me regarde. J’ai toujours eu ce besoin.
 
Bah, c’est humain, les parents imparfaits, la solitude intérieure, les regards vides. Nous connaissons ça, nous, les humains.
 
Mais une fleur ? Elle se pose quelque part, ou on l’y pose. Elle grandit. Elle fait ce que ses semblables font depuis que la Terre est Terre, et il y a toujours bien un regard qui se posera sur elle à un moment ou à un autre.
 
Elle ne choisit pas qui, ni comment.
 
Il y a toujours un risque. Que le regard précède un pincement de doigts ou un coup de sécateur, annonçant que la vie s’en va.
 
Il y aura encore quelques jours, dans un seau, un vase, ou dans un verre.
 
Puis la fleur se fanera, dormira, s’éteindra. Il n’y aura plus de regard, seulement une poubelle, un compost, la fin.
 
Je veux bien être une fleur, mais je ne veux pas finir comme ça.
 
Je veux être une fleur qui revient année après année.
 
Qu’on me mette un bulbe !
 
Oui, tulipe, jacinthe, jonquille.
 
Charmante idée. Fleurir au printemps, me montrer au monde une semaine ou deux ou trois, puis revenir à l’intérieur, dans le bulbe.
 
Je veux être ce genre de fleur-là.
 
Je n’ai pas besoin qu’on me regarde tout le temps. Au printemps, c’est bien. Le soleil est doux, il pleut de temps en temps, la terre est meuble, fertile.
 
Ça me fait penser : quid de la rencontre avec un ver de terre, une taupe, un mulot ?
 
Quid de moi, dans le bulbe ? Autrement plus figé que sur mes deux jambes. Coincé, sans moyen de me déterrer, de m’évader.
 
Je crois que je serais un bulbe solide, fort. Au mental puissant. Je résisterais.
 
Aux assauts du froid, des visiteurs, de la vieillesse.
 
Et si je me sens seul, je me multiplirai.
Un clonage d’avant l’heure.
 
Je me sens bien. J’ai plongé dans la terre. Il n’y a plus grand bruit. Je suis là sans plus y être. J’existe sans exister.
 
La fleur du mal, elle existe ?
La fleur au fusil.
 
Je ne veux plus avoir mal.
Ne plus tirer sur qui que ce soit.
 
Je déteste ça. La violence. La douleur.
Je déteste.
 
Plutôt une fleur à la boutonnière.
C’est poétique, joyeux.
On avance la tête haute.
On croise les gens, on se salue.
 
Moi c’est œillet, moi c’est rose, moi clématite, moi pervenche …
 
Ce serait le bal des fleurs.
Oui, on danserait !
D’une fleur à l’autre.
 
Une valse à mille fleurs.
 
On s’embrasserait, prenant garde de ne pas écraser les boutonnières.
 
J’aimerais ça.
 
Ça me ramène ici, tous les gens qui déambulent. Personne ne sourit, personne ne danse.
 
C’est triste.
 
Y a-t-il une fleur pour représenter la tristesse ?
 
Le chrysanthème ?
 
Non, c’est la fleur de la mort, du deuil – il paraît – mais qui dit qu’elle est triste ? Qu’on doit être triste ?
 
Je ne suis pas vraiment triste.
Juste nostalgique.
De vieilles pensées qui refleurissent d’un an sur l’autre. Plus souvent, même. Elles reviennent.
 
Ces fleurs-là, franchement, elles pourraient se fâner une bonne fois. Je ne les regretterai pas.
 
Au diable les pensées !
 
Je suis sorti.
À l’air libre.
Le soleil brille.
 
Je crois que je vais rester qui je suis.
Le devenir, un peu plus chaque jour.
Me devenir.
 
Et je garde l’idée du bulbe, de temps en temps, quand j’ai besoin de vide, de temps, de me couvrir.
 
Me couvrir. Me découvrir.
 
Le ciel se couvre. J’entre dans un petit magasin. Fruits, légumes.
 
Fleurs.
 
Il y en a une en pot qui me fait de l’œil. Petite orangée accrochée à des feuilles vert tendre.
 
Je vais vers elle, et je m’éloigne, à gauche, à droite, où que j’aille, elle me regarde.
 
Son regard n’est pas dérangeant. J’ai même l’impression qu’elle me sourit.
 
Je l’emporte.
 
Chez moi, je la mets dans un pot plus grand. Sur l’appui de fenêtre.
 
Elle est à sa place. Je m’assieds près d’elle.
 
On se regarde. On se reconnaît.
 
J’imagine un dialogue.
 
– Bonjour je suis une fleur.
– Bonjour j’aime les fleurs.
– On va bien s’entendre.
 
Il n’y a pas vraiment besoin de dire tout ça.
 
Je bois un peu d’eau.
Je lui en fais boire aussi.
 
Mes doigts caressent la terre humide.

Plonger

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Le choix est là.
Simple, d’une façon.

Plonger.

Dans l’océan.
Une bonne fois.

L’eau est froide.
Oui.
C’est le printemps.
L’eau est froide. Piquante.Tu es un coquin. Une coquine.
L’eau froide est une coquine.
Pourquoi ne pas frayer. Avec elle. En elle. Ensemble.

Tu frémiras.
Tu trembleras.
Tu te friperas.

Mais !

Mais tu auras goûté à l’écume du bout des lèvres. À l’horizon.
Tu auras rêvé, d’être à corps froid.
Tu auras frémi.

Il est bon de frémir, de trembler !

Il est bon.

Le temps de l’audace.
Le temps jadis, où tu plongeais sans réfléchir.
Dans l’océan des rêves, du désir.

Ris donc.

Tu cailles et tu vis.
Tu vis et tu t’écailles.
Ton armure, par pans entiers, s’effrite, se dissout dans l’océan.

Ris donc.

Tu as tremblé.
Tu as vécu.

Ris donc.

Tu es vivant !

#poesiesurplage #noordzee

Le blanc manteau

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Le blanc manteau couvre le sol, les branches, les jonquilles, les herbes et les prés.
 
Il ne couvre ni le ciel, ni les sombres pensées.
 
Ni les peines de l’un, ni les peurs de l’autre.
Ni la colère.
 
En ce mardi de Pâques, la neige nous accompagne, faisant briller nos yeux, mais nombre de cœurs sont blessés, tourmentés, étouffés.
 
Il reste les challenges.
 
Traverser la crise, quelles que soient les lunettes par lesquelles nous la regardons.
 
Reconstruire les liens.
Prendre soin de toutes et de tous.
De notre planète.
De la vie.
 
Les temps sont incertains
La vie est incertaine.
 
Rien n’est acquis.
Rien n’est perdu.
 
Il reste le moment.
 
Avancer pas à pas.
Respirer à pleins poumons.
Appeler un ami oublié.
Enflammer les cœurs.
Nous retrouver.
 
Il reste que nous sommes là.
Toutes. Tous.
 
Sous le même manteau.

De l’attention

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Voilà une chose qui me réjouit

Savoir que nous vivons ensemble sur terre

Peu importe la couleur
La toge, la djellaba, le sarouel
Les pantalons, la jupe, les bretelles

Peu importe
Deux pieds, deux jambes, et nous marchons
L’un à côté de l’autre

Nous prions de la même façon

En portant attention
À ce qui importe
À celles et ceux que nous croisons

C’est la prière du monde
Elle est simple

Le procédé est simple
Tellement simple

Porter de l’attention

Image par zhugher de Pixabay

Relations

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Face à une décision, un choix, une action à entreprendre, il est parfois difficile de trouver l’équilibre entre nos centres d’intérêt et nos valeurs, entre nous et les autres, entre aujourd’hui et demain, entre nos rêves et la réalité.

Il est utile, en vue d’unifier nos paradoxes et sortir du dilemme, d’observer les différents « niveaux » relationnels qui sont en jeu :

* Ma relation à moi-même
* Ma relation à l’autre
* Ma relation au groupe, à la/ma communauté
* Ma relation au monde, y compris la planète et ses habitants
* Ma relation au mystère, au grand tout

Je peux interroger les différents niveaux de façon globale, pour établir ce qui compte réellement dans mon existence, ou m’y intéresser à l’occasion d’un événement particulier.

Je peux faire le point régulièrement, pour observer si ma vie va dans les directions souhaitées.

Et ensuite, évaluer si certains rééquilibrages sont utiles ou nécessaires.

Mon attention peut-elle, doit-elle se porter prioritairement sur l’un ou l’autre des niveaux, délaissé pour le moment ?
Comment puis-je m’y prendre concrètement ?
De quoi ai-je besoin pour y arriver ?

Au cours de cette exploration, il n’y a pas d’autre intention que celle de chercher le juste et doux équilibre, pour nous-mêmes, pour les autres, et pour le monde.

De quelle façon est-ce que je souhaite m’engager dans la vie ?

Ce regard permet parfois, aussi, de mettre au jour les freins, les peurs, les habitudes, qui nous limitent dans la réalisation de nos projets, l’expression de notre créativité ou notre ouverture au monde.

D’un point de vue systémique, il permet de valoriser l’individu, au bénéfice de l’ensemble et de chacun.

(à suivre)

Nous sommes des animaux sauvages

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Nous sommes des animaux sauvages
Domestiqués de notre propre main
Nourris aux mamelles de la méfiance
Sevrés de nos pulsions charnelles
Pourtant !
Nous sommes des animaux sauvages
À la langue rugueuse, aux poils drus
Nous courrons et déchirons le ciel de nos ardeurs
Aux instincts premiers, aux besoins brûlants.
Vraiment !
Nous sommes des animaux sauvages
Sans limites quant à nos terrains de jeux
Nous aimons vivre et hurler et sauter
Sans qu’il faille nous indiquer la voie
Osant !
Nous sommes des animaux sauvages
Jamais repus de beauté, de vérité
Nous revenons en nous-mêmes, et nous créons
Jamais déçus, puisque toujours innocents
Vivants !
Nous sommes des animaux sauvages
Non seuls, mais en meute, en hordes
Nous voyageons et partageons les lieux
Non en propriétaires, mais en gardiens
Au vent !
Nous sommes des animaux sauvages
Libérés des cages, laisses, carcans
Nouvellement redevenus nous-mêmes
Libérés du joug de la stupeur
En avant !
Nous sommes des animaux sauvages
Vers le dedans et vers le dehors
Nous courons, dansons, ruons
Vers des espaces inconnus à dévorer
Encore !
Photo mur : Jeon Sang-O – Pixabay
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