Virus de l’écriture – Ça grippe et ça gratte #13

Posté dans : Blog | 0

Mardi trente et un mars, vers seize heures. Pour la première fois depuis dix-huit jours, je quitte la maison et son grand jardin, et je m’en vais en promenade dans le monde.

À pied, j’accède facilement à la Forêt de Soignes. La promenade suivra le trajet que je connais le mieux. Une heure, moins si je cours un peu, plus si je préfère lambiner.

À peine la grille décadenassée et le grillage enjambé, j’aperçois mes premiers inconnus.

Un couple, sans doute. Plus âgé.

On va bientôt se croiser et je ne peux pas m’en empêcher : suis-je bien au mètre cinquante autorisé ?

Entre eux, ils ne le sont pas. J’imagine qu’ils vivent ensemble. Ils auraient le droit.

Mon esprit s’invente des histoires : vont-ils se jeter sur moi ? M’infecter ? Me mordre ou éternuer ?

Ouh là, calme-toi ! Ce n’est pas Netflix ici.

Je dois confier que j’entame la septième saison d’affilée de Homeland, série américaine plutôt bien montée, sur la CIA et la politique extérieure américaine.

Le paradis des paranoïaques un peu paumés, à la vie sociale extrêmement limitée. Intrigues, mensonges et Big brother. De quoi un peu flipper.

Peut-être d’ailleurs ne devrais-je pas tant les fréquenter. Surtout pas en ces temps troublés.

Ça y est, je l’ai croisé. Le couple d’inconnus. Rien de mal ne m’est arrivé. Je les ai même salués, un bonjour bien affirmé. Puis j’ai reçu le leur en bonne réciprocité.

De ci en trottinant, de là en marchant, je poursuis mon chemin. Les hêtres, toujours fameux. L’ail des ours, qui ne sent pas encore vraiment. Le chant des oiseaux.

Tout a l’air normal ! Comme avant ! Ni monstres, ni revenants !

Des cyclistes, par contre, en duo, en trio, en noir et fluo, bien équipés, parfois masqués.

D’autres promeneurs, certains superbement bronzés. Une dame tout pimpante et souriante.

Le monde va bien ! Vu d’ici en tout cas.

J’envoie des « bonjour » enjoués et je suis rassuré : mon extraction du monde ne m’a pas renfermé.

Je descends dans la vallée, et là en-bas, au cœur d’un triangle formé de trois chênes que je connais bien et aime croire sacrés, un être humain avance en sens opposé.

Homme ou femme, je n’en sais encore rien. Il est complètement emmitouflé. Seule une fine tranche de son front est dégagée. Il marche sur le bas-côté.

À bonne distance, nous nous croisons. Je ne tremble pas :

– Bonjour.

– Bonjour.

C’est un homme. Il parle.

Bin oui, c’est la réalité, pas une fiction scénarisée.

Au final, tout s’est bien passé. Une bonne quinzaine de « bonjour ». Un taux de réponse frôlant les cent pourcents.

Demain ou jeudi, ce sera une autre première, vers les magasins, la vie moderne.

Je crois que je vais y arriver.

À moi le moooonde !

#virusdelecriture #cagrippeetcagratte
#vivreensemble2020

Virus de l’écriture – Ça grippe et ça gratte #12

Posté dans : Blog | 0

Dimanche 29 mars, le matin. Mon réveil indique huit heures zéro zéro. Mon smartphone marque neuf heures zéro zéro.

Ça y est, il semble que le temps se soit dilaté par ici, ou contracté par là.

La peur l’a saisi, il ne sait plus où aller.

Le temps sert-il encore à quelque chose ?

Il y a le temps mis pour cuire les œufs durs, que je ne retiens jamais.

Le temps de la méditation, que je trouve toujours trop long.

Le temps de la sieste. Le temps des cerises. Le temps d’aime.

Je presse les deux boutons en vieux plastique des années quatre-vingt et mon réveil se réveille.

Il n’est pas si vieux, il peut le faire. Rattraper le temps perdu.

Je l’encourage. Lièvre contre tortue.

Je maintiens mes deux doigts appuyés. Les chiffres rouges défilent à un rythme effréné. Le temps perdu ne l’est peut-être pas.

Dois-je dire que parfois je me sens, moi, perdu, dans ce temps qui se passe en absence, sans urgence ?

Il ne reste plus que dix-sept minutes à rattraper.

Je relâche la pression. C’est ce qu’il faut faire quand le temps s’accélère. Mes doigts se reposent.

Dix-sept minutes de bonheur. De douceur.

Cette fois tendrement, je fais remonter le temps comme on fait remonter le désir.

Douze. Onze. Dix.

Égréner. Frissonner à chaque instant.

Huit. Sept. Six.

Le désir d’un autre temps n’a pas lieu d’être. C’est ce temps-ci qui est là. Il s’est invité et la porte s’est ouverte.

Quatre. Trois. Deux.

Pour la blague, je garde la dernière minute pour plus tard. Ou alors je la dégusterai quand je m’ennuierai.

L’heure d’été. Mon smartphone automatisé ne s’était pas trompé. Il a sauté d’un coup sans s’inquiéter.

L’heure d’été.

Je peux prendre mon temps pour la digérer.

L’été viendra quand il sera temps, quand le printemps aura mûri et qu’il pourra se reposer.

Le printemps.

Le prince temps.

Le prince temps maintenant couronné.

#virusdelecriture #cagrippeetcagratte

Vivre ensemble #5

Posté dans : Blog | 0

Ce soir, j’ai légèrement brossé le cercle de parole pour me confi(n)er auprès du feu.

Arbres, tambour et croissant de lune comme autres amis.

Des cendres, demain, pour renaître.

Qui sait ?

Embrasez-vous !

#vivreensemble2020

Virus de l’écriture – Ça grippe et ça gratte #11

Posté dans : Blog | 0

Ce matin je me suis levé, il n’y avait personne.

Ce matin-là, je me levai, je mangeai une pomme.

Matin, ô, matin, à la porte tu sonnes.

Chaque matin, au confinement à fond je me donne.

Cher matin, je te l’annonce, la journée sera bonne.

Le matin, tel un lapin, creusa son terrier, jusqu’à Rome.

Comme tous les matins, douze verres de rhum.

Lumière du matin, plus rien ne m’étonne.

Chaud matin, soirée polissonne.

Curieux matin que celui d’une folle.

De bon matin, matinée bonne.

Pour un matin, il a une sacrée trogne.

Aucun matin, aucune école.

Matin gratiné de satin, Éole auréolé d’une étole.

Un dernier matin, une ultime rime, molle.

#virusdelecriture #cagrippeetcagratte

Virus de l’écriture – Ça grippe et ça gratte #10

Posté dans : Blog | 0

Ce matin, j’ai hurlé aux loups.

Ne dit-on pas plutôt : hurler tel un loup.

Ou : hurler à la lune.

Peut-être : hurler de douleur.

Voire : Les Hauts de Hurlevent.

Peu importe.

J’ai hurlé.

#virusdelecriture #cagrippeetcagratte

1 2 3 4 15